Construire une bonne argumentation, l’exemple du véganisme

Construire une bonne argumentation, l’exemple du véganisme

Temps de lecture : 5 minutes

Si vous souhaitez défendre votre point de vue et argumenter le plus rationnellement possible dans un débat, cet article est fait pour vous ! J’ai participé, comme vous j’imagine, à des débats concernant l’alimentation végétale ou l’éthique animale. Et parfois, je me suis heurtée à des arguments qui m’ont sidérés, auxquels je n’ai pas su quoi répondre. Soit parce qu’ils étaient très bons, soit, au contraire, parce que l’ineptie m’avait dépassée. Parfois, c’est aussi mes arguments que je trouvais un peu simplets, ou un peu fallacieux.

Je suis donc partie à la rencontre du CORTECS pour répondre à ma question : Comment je construis une bonne argumentation, sans (trop de) biais, pour défendre mon point de vue ? (Ici, l’antispécisme/le végétalisme, mais bien sur, les réponses qui suivent servent à toute argumentation).

Une petite présentation du CORTECS : Le CORTECS c’est un Collectif de Recherche Transdisciplinaire Esprit Critique & Sciences. Ce collectif est présent sur Grenoble, Marseille et Montpellier dont l’objectif premier est de transmettre les “divers aspects de l’esprit critique, de la pensée critique ou sceptique, nommée zététique à la suite d’Henri Broch, hygiène préventive du jugement comme Jean Rostand, ou autodéfense intellectuelle à l’instar de Noam Chomsky.”

Ancienne étudiante de l’un de leur membre (Richard Monvoisin), je l’ai donc contacté pour lui demander de m’accorder du temps et il a très spontanément accepté.

Les “conseils” qui suivent sont donc issus de ma (longue) discussion avec les membres du CORTECS ainsi que de leur matériel pédagogique disponible sur leur site, parmi tant d’autres choses présentes sur leur site.

Alors, comment on la construit notre argumentation ?


Le premier piège souligné par le CORTECS est de ne pas reconnaitre les prémisses. Il faut les mettre en avant. Dans notre cas, les prémisses concernent la philosophie morale. Il parait nécessaire pour bien argumenter de maîtriser ces bases là, et pour se faire vous pouvez vous plongez dans les lectures de Ruwen Ogien et plus précisément sur la question du spécisme, PeterSinger.

Ensuite, si le temps vous le permet, il n’est pas superflu de dresser un bref historique du sujet, ce qui permet de poser un cadre solide pour soutenir toute l’argumentation qui viendra derrière.

Et enfin, l’argumentation. Partie centrale de la discussion, il est important qu’elle soit le plus rationnelle et juste possible. Et donc, avec le moins de biais et de sophismes possibles.

Une précision nécessaire à mon sens : Quand on reproche à un argument d’être un sophisme, on ne remet pas en cause le contenu de cet argument mais son raisonnement. C’est-à-dire que ce que vous dîtes pour s’avérer vrai mais la formulation n’est pas “argumentativement” correcte.

Je vous propose de faire un point donc sur 20 différents sophismes et biais auxquels nous pouvons succomber !

La généralisation abusive : prendre un échantillon trop petit et en tirer une conclusion générale. “Tous les vegans aiment les animaux”

Le raisonnement panglossien : raisonner à rebours, vers une cause possible parmi d’autres, vers un scénario préconçu ou vers la position que l’on souhaite prouver.
“Les végétaux sont conçus pour nous rendre en bonne santé”

Le Non Sequitur (qui ne suit pas les prémisses) : tirer une conclusion ne suivant pas logiquement les prémisses
“Si on continue à manger de la viande, on sera malade. Or je ne mange pas de viande, donc je ne serai pas malade”

– L’analogie douteuse : discréditer une situation en utilisant une situation de référence lui ressemblant de manière lointaine.
“Manger de la viande c’est naturel, lutter contre, c’est comme empêcher la pluie de tomber”

Variante : le Syndrome de GaliléeVous dites que ma thèse est fausse, Galilée aussi a été condamné et pourtant il avait raison !”

– L’appel à l’ignorance : prétendre que quelque chose est vrai seulement parce qu’il n’a pas été démontré que c’était faux, ou que c’est faux parce qu’il n’a pas été démontré que c’était vrai.
“Il n’est pas démontré que les moustiques souffrent, donc ils ne souffrent pas”

– Le post hoc ergo propter hoc (ou effet atchoum) : après cela, donc à cause de cela. Confondre conséquence et postériorité.
“Depuis que je suis végétalien, je me sens beaucoup plus en forme. C’est grâce au végétalisme”

– L’attaque personnelle (argumentum ad hominem) : attaquer la personne (sur sa moralité, son caractère, sa nationalité, sa religion…) et non ses arguments.
“Comment donner du crédit à ce mec connaissant ses orientations politiques ?”

– Le déshonneur par association : comparer l’interlocuteur ou ses positions à une situation ou à un personnage servant de repoussoir.
“Etre spéciste, c’est comme être nazi!”

– La pente savonneuse : faire croire que si on adopte la position de l’interlocuteur, les pires conséquences, les pires menaces sont à craindre.
“Mais si en plus de la viande, on arrête de manger du lait et des oeufs, on ne mangera bientôt plus rien !”

– L’homme de paille : travestir la position de l’interlocuteur en une autre, plus facile à réfuter ou à ridiculiser.
“Vous critiquez l’antispécisme ? Mais qu’avez-vous contre l’empathie ?”

– L’argument du silence : accuser l’interlocuteur d’ignorance d’un sujet parce qu’il ne dit rien dessus.
“Je vois que vous n’avez même pas parlé du livre de Peter Singer, comment pouvez vous ne pas l’avoir lu ?”

– Le renversement de la charge de la preuve : demander à l’interlocuteur de prouver que ce qu’on avance est faux.
“Les animaux ne se rendent pas compte qu’ils vont mourir dans les abattoirs. Prouvez moi que c’est faux!”

– Le plurium (effet gigogne) : poser une question (plurium interrogationum) ou une affirmation (plurium affirmatum) qui présupposent une prémisse qui n’a ni été prouvée ni acceptée par la personne qui doit répondre ou faire face.
“Le végétarisme va-t-il vraiment sauver la planète ?”

– Le faux dilemme : réduire abusivement le problème à deux choix pour conduire à une conclusion forcée.
Si tu n’es pas végétalien, c’est bien que tu détestes les animaux”

– La pétition de principe : faire une démonstration contenant déjà l’acceptation de sa conclusion. “Les recherches expérimentales sur les animaux sont nécessaires, sinon comment les soigner quand ils sont malades ?”

– La technique du chiffon rouge (red herring, ou hareng fumé) : déplacer le débat vers une position intenable par l’interlocuteur.
“Tous ces gens qui mangent de la viande, ils sont tous sans coeur peut être ?”

– L’argument d’autorité (argumentum ad verecundiam) : invoquer une personnalité faisant ou semblant faire autorité dans le domaine concerné.
“Bill Clinton est végétalien, c’est bien que c’est une bonne chose!”

– L’appel à la popularité (argumentum ad populum) : Invoquer le grand nombre de personnes qui adhèrent à une idée.
“Des milliers de personnes deviennent végétaliennes, ça prouve bien que c’est mieux!”

– L’appel à la pitié (argumentum ad misericordiam) : plaider des circonstances atténuantes ou particulières qui suscitent de la sympathie et donc cherchent à endormir les critères d’évaluation de l’interlocuteur.
“Oui mon grand père chasse encore, mais c’est son dernier plaisir!”

– L’appel à l’exotisme (argumentum ad exoticum) : miser sur l’exotisme et le caractère lointain ou «primitif » d’un peuple pour valider un de leurs aspects, coutumes, médecines, etc.
“Les bouddhistes sont végétariens, donc c’est bien de l’être!”

Voilà pour 20 “moisissures” argumentatives comme nommées par le CORTECS. Vous pouvez retrouver l’intégralité de ces biais, illustré avec des exemples hors végétalisme.

Je souhaite remercier immensément le CORTECS pour leur accueil, leur disponibilité et surtout de prêter leur contenu pour faciliter la transmission des connaissances.

Dernier conseil : Prenez de petits problèmes, un par un, et circoncisez votre sujet. Il vaut mieux ne pas parler de tout et en parler convenablement plutôt que de vouloir tout dire et vous perdre dans une mauvaise argumentation.

Pour conclure, il n’existe pas de méthode préconçue pour tenir une bonne argumentation. Il s’agit plutôt pour vous de repérer les sophismes que vous utilisez le plus souvent et de les corriger. Personnellement, je reconnais avoir souvent recours au post hoc ergo propter hoc. Bon à savoir pour y remédier lors d’une prochaine discussion animée !

-Creative Commons, CORTECS-

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