La dépression, plus forte chez les végétariens ?

La dépression, plus forte chez les végétariens ?

Temps de lecture : 6 minutes

Il y a quelques temps de cela, une étude britannique a attiré mon attention. Injustement résumée par « le végétarisme augmente la dépression ». Je suis donc allée lire en détails l’étude en question « Vegetarian diets anddepressive symptoms among men », Hibbeln, Northstone, Evane, Golding (allergiques à l’anglais, méfiance, cette publication est exclusivement en anglais).

J’ai voulu aller voir de plus près les chiffres et les explications que proposaient les auteurs : Est-ce le végétarisme qui cause la dépression ? Ou l’inverse ? Et d’abord, il y a t il réellement un lien ? On y répond ensemble.


Cette étude a donc été menée sur 9668 hommes à Edinburgh. Plusieurs variables sont prises en compte par les chercheurs parmi lesquelles l’âge, la situation matrimoniale, le travail, le nombre d’enfant, la religion, les antécédents psychiatriques, l’histoire familiale, la consommation de tabac, d’alcool, etc.

Les hommes doivent préciser si ils sont végétariens ou non. En l’occurrence, 350 hommes le sont (précisément, 311 végétariens et 39 végétaliens dont 2/3 le sont depuis moins de 10 ans). Ce qu’il est important de noter ici, c’est que ces données sont auto-reportées. C’est-à-dire que c’est les participants eux-mêmes qui se définissent dans une catégorie ou l’autre. Cette méthode possède une limite sur lesquelles les chercheurs statuent plus loin.

L’étude débute en rappelant les bénéfices reconnus pour la santé du régime végétarien (moins de maladies cardiovasculaires, moins de diabète et moins d’obésité). Ils rappellent également l’étude australienne de Baines et al. (2007) montrant plus de symptômes dépressifs chez les femmes végétariennes que non-végétariennes.

Leur conclusion est sans appel : Les végétariens présentent des scores plus élevés de dépressions que les non-végétariens et plus de risques de dépressions post-partum.

L’étude montre aussi que les hommes sujets à la dépression post-partum sont plutôt jeunes (-de 25 ans), avec plus d’enfants, d’un niveau éducatif plus faible, sans emploi, gros fumeurs, vivant dans des logements sociaux et ayant fréquentés des établissements psychiatriques étant enfants. Les hommes se qualifiant végétariens sont en moyenne d’un plus haut niveau d’éducation, sans enfant, vivant en location et dont l’origine ethnique est majoritairement non blanche.

J’entends d’ici la réponse « parce que c’est triste de ne manger que des carottes ! ». Les hypothèses des chercheurs ne relèvent pas vraiment de ça.

Pour eux, il y a deux grandes hypothèses :

  • la carence alimentaire
  • l’état psychologique antécédent

D’un point de vue alimentaire, plusieurs facteurs peuvent être avancés : les végétariens présentent, en moyenne, des taux plus faibles de B9, B12, d’oméga 3 et des taux, en moyenne, plus élevés de phyto-oestrogènes, de pesticides, et d’oméga-6 (du à la forte consommation de noix et dérivés, oméga-6 associés à des risques plus élevés de dépression (voir l’étude de Wolfe et al. en 2009)).

Sur l’alimentation, c’est surtout le déficit, voire la carence, en B12 qui est suspect n°1. Cette carence est très grave, d’autant plus qu’elle est sournoise. Pour plus d’informations, je vous conseille de lire mon ebook « Transition VG ». 

D’un point de vue psychologique, les auteurs se méfient des personnes devenant végétariennes dans le but de perdre du poids (les non végétariens ont un IMC plus élevé (25.2) que les végétariens (24.32)), souvent associé à des symptômes dépressifs.

Ou alors, et c’est bien là le but de cet article, les chercheurs suggèrent que le végétarisme n’est pas choisi par éthique, santé, etc… mais pourrait, dans certains cas, être un marqueur de troubles psychologiques accompagnés de« troubles du comportement alimentaire et de symptômes dépressifs ». Des études ont déjà été menées sur ce sujet (voir Perry et al. 2001).

Alors, par troubles psychologiques, ne paniquez pas. Je reprends là, volontairement, les termes employés par les auteurs. Mais, même si je vous accorde que le terme est un peu angoissant, vous le devez considérer dans son sens clinique et non populaire.

En bref, et si ce n’était pas le végétarisme qui rendait dépressif mais :

Le besoin de contrôle excessif qui rendrait végétarien ?

Toutes les publications scientifiques sont conclues par les auteurs par les limites de leur expérience. Dans celle-ci, ils reconnaissent trouver un lien de corrélation mais pas de causalité. C’est-à-dire qu’il existe réellement un lien statistique entre un régime végétarien et des symptômes dépressifs mais que l’étude ne permet pas de conclure que l’un cause l’autre ou l’inverse.

Et c’est un point clé à relever, pour cette étude et toutes les autres, corrélation n’égale pas causalité.

Les chercheurs n’excluent pas non plus la potentielle causalité inverse = « les symptômes dépressifs peuvent modifier les habitudes alimentaires et augmenter la probabilité d’être végétarien ».

Ils notent également qu’une vérification des taux de cholestérol, d’acide gras et de B12 auraient été utiles et qu’il existe un biais dans le fait que les informations soient auto-rapportées. Par exemple, un sujet dépressif pourrait ne pas répondre à toutes les questions et ainsi, biaiser les résultats. De plus, la mesure de dépression étant auto-rapportée, elle n’est pas validée par un diagnostic.

Et c’est là que je veux en arriver depuis le début. Cela sera ma réflexion de l’article.

femme devant fenetre

Les végéta*iens sont-ils dans l’hypercontrôle ?

En effet, opter pour un mode de vie végétarien ou végétalien, vous le savez, implique des changements d’habitudes. Pour certains, ce sont mêmes des sacrifices. Cela implique, tout du moins au début, justement avant que les anciennes habitudes soient remplacées par des nouvelles, des ajustements. Rien n’est acquis si vous n’avez pas grandi dans une famille VG. Il faut donc réfléchir à ce que l’on mange, réfléchir par quoi on va remplacer, veiller à manger suffisamment de tout pour ne pas être carencé, etc. Pour certains, cela ne se passe pas du tout comme ça, on est bien d’accord. Mais je vais vous parler de ceux justement qui, comme moi, réfléchisse à tout.

La vérité, c’est que quand on applique toutes ces règles « ne pas manger de viande »,« manger tant de noix », « manger assez de protéines »,etc, on se retrouve dans le contrôle constant. Et personne ne peut tenir un contrôle mental éternellement.

C’est l’exemple typique du régime : l’échec est de 90% dans un délai de 3 à 5 ans. Plus on fait de régimes et plus on favorise la prise de poids à long terme et les effets néfastes sur les os, le cœur, les reins et les perturbations psychologiques. (Anderson, Konz, Frederich, Wood « long terme weight loss maintenance » et ANSES). 

La restriction entraine de la frustration. Et nous allons vers cet état pensant qu’il stoppera le comportement. En réalité, la frustration va créer de l’envie et provoquer des pertes de contrôle. Ce qui entraine culpabilité, qui nous ramène à de la restriction, etc …

Evidemment, à chaque « tour », l’estime de soi diminue et la dévalorisation de soi augmente. Dans ce cercle, il n’est plus question de sensation de faim ou de satiété, tout est régi par le contrôle mental

Au final, on a peur de grossir, peur d’être malade, peur de manger !

Appétit et rassasiement spécifiques

Quand on a faim, on a souvent envie de manger un truc en particulier. Après 5h de travail sans manger, à la question « tu veux manger quoi ? », vous seriez surement tenté de répondre « des pâtes ! » ou « une raclette ! ». En réalité, votre corps vous demande des glucides car votre glycémie commence à descendre. Au même titre qu’après les orgies des repas de Noël, ou les excès chocolatiers de Pâques, votre corps peut vous réclamer des légumes. C’est l’appétit spécifique.

A l’inverse, le rassasiement spécifique concerne plutôt la fin d’appétit. Vous êtes rentrés chez vous après le travail et votre cher et tendre ayant reçu votre texto « des pâtes !!! », vous a cuisiné vos pâtes au pesto préférées. Vous vous jetez dessus avec engouement, et Dieu, qu’est-ce que c’est bon ! Mais vous trouvez ça de moins en moins bon. Et au final, vous ne finissez même pas votre assiette. Vous partez chercher un kiwi. Vous avez une envie irrépressible de kiwi. Ou peut être d’une mandarine. « Elles étaient pas bonnes mes pâtes ? Pourquoi tu ne les finis pas ? Si tu n’avais plus faim, tu ne prendrais pas un fruit » vous rétorque votre acolyte. Dans les faits, votre besoin de glucides a diminué et le déclin sensoriel s’est produit. Votre corps vous réclame votre vitamine C. C’est le rassasiement spécifique.

Un végétarien avec une envie irrépressible de poisson doit-il alors s’en priver ? Le corps n’est-il pas en train de faire le message « Attention, je manque d’iode, mange quelque chose qui vient de la mer ! ».

Bien sur, vous pouvez manger des algues. Mais si cela n’est pas possible dans l’immédiat, et que le corps le réclame, jusqu’à quel point l’engagement militant doit-il se substituer au besoin physique ? 

Si vous êtes végéta*iens depuis un certain temps, vous avez du constater que les écarts, les exceptions, sont, relativement, très mal vues. Peut être faites vous aussi partie de ces personnes qui culpabilisent si la situation se présente.

Si le véganisme est bien une cause qui se veut « reconnectrice » au monde, car il s’agit de reprendre sa place dans le monde en tant qu’être vivant parmi tant d’autres, ni supérieurs, ni inférieurs ; se pourrait-il qu’elle nous déconnecte de nous même ? Et de l’être vivant que nous sommes ?

Pour revenir à l’étude citée plus haut, est-ce qu’on ne pourrait pas supposer que le mode alimentaire végéta*ien attire, en fait, des personnalités avec de forts besoins de contrôle ?

Le fait de devoir contrôler ce que nous mangeons et comment nous le consommons, nous permettrait de reprendre le contrôle sur notre alimentation et donc, bien au delà de ça, sur notre vie.

Les excès de contrôle sont des aspects bien connus dans les troubles du comportement alimentaire, l’exemple le plus parlant étant encore l’anorexie : contrôle de la quantité, contrôle du corps, du poids, de l’image, etc. Ce sont des comportements que l’on retrouve également dans l’orthorexie (l’obsession de manger sainement) pour ne citer que ça. 

Loin de moi l’idée de dire que le végétarisme ou le végétalisme sont des troubles du comportement alimentaire, loin de là. Bien sur, ils peuvent servir de masque à des troubles du comportement alimentaire, mais ne sont pas, en leur essence et à mon sens, psychologiquement pathologiques. Mais il n’est pas irréaliste de se demander si des personnalités tournées vers des forts besoins de contrôle ne seraient pas plus représentées chez les végéta*iens, ce qui expliquerait les résultats de l’étude. C’est une piste envisageable.

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Cet article a 2 commentaires

  1. Bonjour !
    Personnellement, j’ai bien vécu un coup de blues depuis ma transition au végétarisme il y a un an maintenant. Peut être est-ce les carences (je ne fais absolument pas attention à ne pas manquer de rien), mais je souffre beaucoup plus du regard et des commentaires des autres. J’ai vécu une énorme déception de voir mon entourage être autant dans le jugement et ce encore aujourd’hui. Egalement la “haine” envers les vegans que l’on peut voir partout sur les réseaux qui est assez violente.
    Je pense réellement que la pression sociale exercée sur les végétariens peut être un facteur, parmis d’autres, qui pousse à la dépression.

    1. Bonjour Valentine,
      Merci beaucoup pour ton commentaire ! C’est extrêmement intéressant ce que tu soulèves ! En effet, les “régimes” alimentaires peuvent être des facteurs d’exclusion et donc impacter grandement le moral. A ta dispo si je peux t’aider à dépasser tout ça.
      En tous cas, merci beaucoup pour ton commentaire bienveillant et très intéressant !
      A bientôt, Laura 🙂

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