Jeûne et santé, qu’en est-il ?

Jeûne et santé, qu’en est-il ?

Temps de lecture : 4 minutes

Parmi les nombreux sujets alimentaires à la mode-l’intolérance au gluten, les dangers du sucre, le régime cétogène pour ne citer qu’eux- il y a également : le jeûne !

Beaucoup de témoignages rapportent des effets miraculeux grâce au jeûne : sentiment de détente, de plénitude, diminution du stress, perte de poids, « détoxification », etc. Mais plusieurs problèmes se posent :

  • Premièrement, le témoignage n’est jamais une preuve.
  • Deuxièmement, les témoignages font état de plusieurs jeûnes : courts, longs, privation complète, alimentation liquide acceptée, etc.

Alors, je vous propose qu’on essaie de démêler un peu tout ça et de se faire un avis sur la question.


Déjà, il existe plusieurs jeûnes.

  • Le jeûne total
  • Le jeune hydrique (autorisation de l’eau et des tisanes)
  • Le jeûne Buchinger (méthode de Buchinger)
  • Le jeûne intermittent (par exemple, jeûner une partie de la journée ou un jour sur deux)
  • La restriction calorique (diminution d’au moins 30% des apports)

La pratique du jeûne n’a rien de récente. A visée médicale ou thérapeutique, il est aussi pratiqué depuis des siècles au sein des religions (Yom Kippour, Carême, Ramadan). Bien sûr, ici, je ne traiterai pas de la question religieuse mais thérapeutique. Honnêtement, c’est un peu ce qui m’embête : toutes les promesses thérapeutiques qui accompagnent la pratique du jeûne. On nous promet des « détox », des « régénérations » etc. Il est vrai que certains pays lui accordent des vertus thérapeutiques : en Allemagne, par exemple, il est remboursé par certaines assurances. Il est pratiqué en Russie, par l’Institut Psychiatrique de Moscou, pour certaines pathologies. La France est globalement plus sceptique. Ceci dit, une étude Américaine a jeté le doute en montrant les effets positifs des jeûnes courts avec la chimiothérapie sur le cancer. 

Malgré tout, cette étude a été menée chez des souris et n’est donc pas extrapolable à l’Homme pour l’instant. Et c’est bien cette faiblesse de preuve qui fait douter le corps médical.

bol de légumes

Les trois phases du jeûne

Avant d’énumérer ces phases, il faut rappeler les trois composants qui alimentent le corps humain :

  • Les glucides (les « sucres ») qui sont le carburant principal de l’organisme
  • Les protéines possèdent une multitude de fonctions, allant du collagène aux muscles. En cas de stress, l’organisme est capable de les convertir en glucose. Ceci dit, la surconsommation de protéines étant dangereuse pour le corps, le métabolisme est parcimonieux quant à leur utilisation.
  • Les lipides (« les graisses ») constituent une réserve pour l’organisme.

La première phase de jeûne : l’entrée dans le jeûne

Au bout de 24h de jeûne, les réserves de glucose (=glycogène) sont épuisées. Le corps ne pouvant pas rester sans carburant, il va s’atteler à en fabriquer à partir des protéines. Ce phénomène se nomme la néoglucogénèse et, comme je vous le disais plus haut, tout sera mis en œuvre pour que cette situation ne dure pas.

La deuxième phase : le jeûne prolongé

Ici, le jeûne dure depuis 5 ou 7 jours. Comme la situation précédente ne peut pas durer, le corps va commencer à fabriquer son carburant glucidique à partir des lipides, afin de préserver les protéines. Tout se passe dans le foie, où l’organisme dégrade les acides gras qui vont se retrouver transformer en corps cétoniques. Ces derniers, substituts du glucose, serviront de carburant pour le cerveau et préserveront les protéines. Ce phénomène porte le nom de cétogénèse et est responsable d’une augmentation de l’acidité dans le sang. Cet état peut s’avérer assez désagréable, déclencher des nausées et des maux de tête. Cette « crise d’acidose » apparaît entre le 4e et le 7e jour. Le corps va rapidement rétablir cet état, intenable pour lui. Et ce retour à la normale provoque l’état euphorique quasi-toujours rapporté par les patients, parfois faussement attribuée aux « vertus thérapeutiques » du jeûne.

La troisième phase : le signal d’alerte

Le corps est donc en train de piocher dans ses stocks de lipides pour générer des corps cétoniques qui alimentent le cerveau qui n’a plus de sources alimentaires de glucides.

Quand il aura épuisé 80% de son stock de lipides, l’alarme est sonnée au corps par la sécrétion du neuropeptide y. En clair, c’est le signal pour dire « il est temps de se remettre à manger » (décrite par les patients comme une sensation de faim irrépressible). La plupart des jeûnes aujourd’hui ne durent pas jusqu’à ce signal alarme. Les jeûnes longs doivent absolument être encadrés médicalement.

femme mangeant une soupe

Les limites

Bien que des études soient encourageantes et semblent montrer des effets bénéfiques au jeûne comme l’activation des mécanismes de détoxification de la cellule ou encore l’augmentation de la résistance au stress oxydatif, voire même des possibles effets de régression des tumeurs, ces études manquent encore de solidité scientifique. 

Le problème avec le jeûne, c’est que les possibles bien faits sont difficiles à prouver.

  • Impossible de faire une comparaison en aveugle à un placebo
  • La pratique du jeûne est rarement une pratique isolée. Difficile donc de savoir quels facteurs influent réellement sur le patient à ce moment là.
  • La part de psychologique est très importante et pour l’instant difficile à mesurer.

En réalité, s’affrontent une communauté médicale sceptique et des croyants convaincus, et ni l’une ni l’autre n’est bien objective pour trancher la question. La recherche a encore du chemin à parcourir pour faire la lumière sur les effets, bénéfiques ou non, du jeûne.

Ce que l’on peut dire, c’est que si vous souhaitez tenter l’expérience, faites le sous contrôle médical afin de pas risquer de carences ou d’effets secondaires. Je ne peux que vivement vous le déconseiller si vous souffrez d’une quelconque pathologie, si vous êtes une femme enceinte ou allaitante, si vous êtes un enfant ou une personne âgée.

Laura

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Cet article a 1 commentaire

  1. Merci pour cet article. Pratiquant le jeûne intermittent, je trouve beaucoup de bienfaits physiques et psychologiques. Si tu veux aller un peu plus loin, n’hésite pas à écouter cette série de vidéos sur e jeûne. Ce qui est intéressant est qu’il mets en lien les études scientifiques sur le jeûne. Et beaucoup d’études prouvent des bienfaits. Pour compléter ton article:

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