Se détacher de son éthique alimentaire

Se détacher de son éthique alimentaire

Temps de lecture : 4 minutes

Cet article est écrit par Ana Rougier. Elle nous partage la réflexion qu’elle a mené sur le détachement de son éthique alimentaire, tout particulièrement lors de son voyage en Nouvelle-Zélande.


Durant mon voyage de 5 mois en Nouvelle-Zélande, je suis arrivée avec un certain bagage sur le plan alimentaire. Non seulement j’étais végétarienne depuis trois ans, mais j’avais commencé à retirer de mon régime des aliments que je considérais comme nuisibles (le pain blanc, le sucre raffiné, le fromage).

Bref, j’étais dans un contrôle acerbe de tout ce qui pouvait atterrir dans mon estomac. Certes, cette gestion des aliments a eu un impact positif sur ma santé mais c’est un investissement qui m’a demandé du temps.

Car oui, un régime alimentaire c’est un engagement important envers soi-même et certains principes.

Il faut littéralement :

  • regarder les étiquettes de chaque produit
  • contrôler les dosages en sucre et la teneur en sel
  • vérifier l’origine, la provenance et le mode de production des aliments
  • privilégier les marchés locaux plutôt que les supermarchés
  • payer un produit plus cher mais de meilleure qualité

Donc, ça veut dire cuisiner, innover, faire soi-même, tester et comparer.

paysage nouvelle zélande

L’itinérance et ses obstacles

Tout ça, en voyage itinérant, devient plus compliqué. Pas impossible, mais plus compliqué. En effet, l’itinérance (ce qui signifie porter un sac à dos où va se concentrer ta vie pendant plusieurs mois) impose un rythme où la délocalisation géographique est soutenue. Tous les trois jours, il faut se déplacer, et pour cela, le matériel de voyage doit être le plus confortable et le plus léger possible.

J’ai majoritairement voyagé grâce au woofing (c’est-à-dire en vivant chez l’habitant en échange de quelques heures de travail). Qui veut dire vivre chez l’habitant, veut dire accepter sa façon de vivre dans sa totalité, dont sa façon de s’alimenter. En Nouvelle-Zélande, comme dans beaucoup de pays anglo-saxons, deux extrêmes se côtoient « la junk food » et la « healthy food ».

– Junk food : malbouffe, cochonnerie, terme américain désignant une alimentation composé essentiellement de produits transformés (hamburger, pizza, sandwich, barre sucré…)

– Healthy food : nourriture saine, tendance, apparue vers 2012 en France qui consiste à s’alimenter essentiellement à partir de fruits et de légumes frais et qui prend en compte l’apport nutritionnel de chaque aliment]

La junk-food fut une part de mon quotidien, tout simplement car c’est la plus accessible. Les prix des fruits et des légumes sont parfois inabordables pour les petits budgets voyageurs. Donc pour des raisons de déplacements et de budget restreint, j’ai du lâcher prise sur mon régime. Mais surtout, lâcher prise pour que l’alimentation redevienne ce qu’elle est dans son essence même : un partage.

ana rougier

Créer des liens

Les légumes sont partout, donc il y a toujours possibilité de se nourrir comme on l’entend. Ici, je parle d’un choix: celui de s’adapter, pendant un temps, à l’alimentation de la culture que l’on souhaite découvrir, pour s’ouvrir à l’autre et montrer que nous sommes dans une démarche de découverte et d’imprégnation du pays.

Je ne peux pas compter le nombre de fois où j’ai noué des liens grâce à un simple repas qui avait été conçu pour m’accueillir. Qu’il y est de la viande ou pas, il m’est tout de suite apparu irrespectueux de la culture en face de moi (celle que j’étais venue découvrir), que de ne pas accepter ce repas pour une conviction alimentaire qui n’engage que moi.

C’est au détour de ces repas que des gens m’ont fait confiance, m’ont confié des secrets, m’ont conseillé et orienté.

La communauté maori dans laquelle j’ai vécu m’a appris à voir au delà de ce principe de régime et de choix alimentaire, qui parfois, nous enferme malgré nous dans un schéma sectaire et une obsession de « la bonne santé » individuelle au dépend du plaisir collectif.

Alors oui, la mondialisation permet d’accéder à tous les aliments sur terre, où que l’on soit. Mais le but du voyage n’est-il pas, justement, de se dépayser et de perdre ses repères ? De lâcher prise sur le quotidien et sa tendance routinière ?

repas de groupe

Avant mon voyage, j’étais persuadée que la radicalité dans l’alimentation permettrait d’empêcher la surproduction de viande et la maltraitance des animaux. Bref, je croyais que j’allais participer à la modification des comportements alimentaires des gens et que moi plus une autre personne et encore une autre, on permettrait de faire évoluer les consciences. Mais cette part du colibri* reste un choix individuel, et il n’est imposable à personne. La guerre des régimes, qu’elle soit politique ou alimentaire, n’a jamais fonctionné.

Alors comment on fait pour aller au delà de son éthique alimentaire ? On essaie tout simplement de se connecter à l’autre à travers son quotidien et ce qui compose son alimentation !

*La part du colibri : légende reprise par Pierre Rahbi « Un immense incendie ravage la jungle. Affolés, les animaux fuient en tous sens. Seul un colibri, sans relâche, fait l’aller-retour de la rivière au brasier, une minuscule goutte d’eau dans son bec, pour l’y déposer sur le feu. Un toucan à l’énorme bec l’interpelle : “tu es fou, colibri, tu vois bien que cela ne sert à rien”. “Oui, je sais” réponds le colibri, “mais je fais ma part”… : Appliquer le principe du colibri, c’est résister, chacun à notre niveau, à la logique du profit pour lui préférer celle du vivant. Il nous appartient, à travers nos choix de vie, nos modes de consommation, nos gestes quotidiens, de défendre les valeurs auxquelles nous croyons. »

Cet article a été écrit par Ana Rougier, auteure et future journaliste.

Les photos présentent dans l’article appartiennent toutes à Ana, elles ne sont pas libres de droit. 

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