Voyager quand on est Vege

Voyager quand on est Vege

Temps de lecture : 9 minutes
voyager quand on est vege

Avoir un régime alimentaire différent ne vous condamne pas à rester à la maison. De plus en plus de restaurants vous proposent des plats en version VG, de plus en plus de cafés vous proposent des laits végétaux pour remplacer le lait animal, et pleins d’initiatives voient le jour pour vous permettre de manger VG, sans gluten, sans sucre, bref, à votre convenance ! Mais quand on part voyager, comment on fait ? Petits ou longs séjours, il n’est pas toujours évident de préparer un voyage en composant avec ses habitudes alimentaires. Alors est-ce possible de concilier régime alimentaire et voyage ? Quelles sont les choses à anticiper ?

Réponse avec Audrey, voyageuse expérimentée et en pleins préparatifs d’un tour du monde et Claire, amoureuse des voyages qui en a même créer sa propre agence de voyage ! 


Peux tu te présenter ?

Je m’appelle Audrey, j’ai bientôt 27 ans. Je vis dans le Sud Ouest de la France avec mon compagnon et nos deux rayons de soleil : Princesse et Olympe ! Je travaille dans le marketing territorial et la communication. J’ai suivi des études supérieures dans la communication et le marketing… par défaut ! Il fallait bien faire quelque chose. Alors pour se recentrer, être utile et aussi véhiculer le mode de vie vegan, nous partons en amoureux en tour du monde à la fin de l’année 2018. Au retour : je sais déjà que j’intègrerai un cursus universitaire dans le social. J’ajoute aussi à ma bucket list : passer le DU Droit des Animaux d’ici 2020 !

Comment définirais tu ton mode de vie alimentaire ?

Je suis végétalienne depuis au moins 2 ans. J‘ai eu un parcours plutôt chaotique, en fait : enfant, je voulais devenir fermière. Simplement parce que je viens d’une région rurale, que les amis de mes parents sont agriculteurs, éleveurs… dans mes yeux d’enfant, ça voulait dire liberté et vivre avec des animaux. Seulement, il est tellement normé de tuer pour manger que mon éducation ne m’a pas alertée sur le sens profond du métier d’éleveur. Comme “tout le monde”, certains aliments me rebutaient : cervelle de veau, pieds de cochons, côtes d’agneaux… le spécisme à toutes les sauces et en toute ignorance.

Arrive le lycée : je tombe de 1000 étages.Face à ma chambre d’internat se trouve l’abattoir. Nos nuits sont perturbées par les “livraisons”. On entend littéralement les vaches et les cochons hurler. Le matin, ce sont les odeurs de mort qui nous soulèvent l’estomac. Je deviens végétarienne. Mes parents, non-informés donc inquiets sont contre et me forcent à manger du poulet “parce que c’est pas pareil”. Je finis par les convaincre aussi de me laisser également épargner les poulets. À l’époque, je ne me souviens aucunement d’avoir eu un discours militant ou anti-speciste. Je n’y avais jamais été exposée et ma culture en ce sens était néante alors je n’ai jamais eu ce type de réflexion à 15 ou 16 ans.

Puis patatra : une soirée chez une copine. Son père est éleveur de brebis et d’agneaux. Je ne connais personne à cette soirée hormis cette amie. Tout le monde me fixe intensément alors qu’elle me martèle de “mais goûte c’est trop bon bien grillé”, en me montrant ce morceau d’agneau (qu’on avait passé l’après-midi à caresser au demeurant…). J’ai été incapable de me défendre. J’ai cédé à ma première et très mauvaise expérience de pression sociale. J’en ai été malade mais “on” avait réussi à me faire entendre que j’avais bien agi, que ce n’est pas normal de se restreindre, que c’est dangereux… Lorsque j’ai rencontré mon copain, il a rapidement accepté ma “condition sine qua non” : adopter des animaux ! Comme à peu près tout le monde là aussi, nous avons adopté un chaton. Il a été ma révélation absolue. C’est encore avec une peine immense que je parle rarement de lui aujourd’hui car il est décédé dans d’affreuses circonstances alors que nous avions une relation merveilleuse. Je peux dire sans détour que c’était mon meilleur ami. Et il m’a révélée. Déjà avant de l’accueillir, j’osais à demi-mots confier à quelques proches combien la viande me dégoûtait de plus en plus. J’agis : on “réduit notre consommation”. Finalement, j’ai été une fois chez le boucher puisque à priori la qualité et le bien-être animal y sont meilleurs… puis non, définitivement : mourir bien alors qu’on n’en a pas envie est un concept qui m’échappe. Du jour au lendemain : plus de viande, poissons, charcuterie. Ca a été hyper violent car soudain. Personne ne m’a comprise sur le coup car j’avais du mal à le formuler. Ma réflexion a très vite évolué : à être végétarienne… pourquoi le lait ? C’est écœurant et j’ai jamais vraiment aimé ça. Alors je m’en passerai aussi ! Et ENFIN je suis tombée sur L214, 269, ALF… j’ai compris. Ce que j’étais et ce que je voulais être : vegan ! Jamais ce mot ne m’avait été familier avant. Je me suis sentie tellement mieux à découvrir ce mouvement ! Pour ce qui est du textile composé de matières animales : j’ai toujours détesté le cuir à cause de l’odeur, la fourrure à cause de raisons évidentes d’horreur absolue, la laine parce que je trouve très inconfortable. J’ai refait au fur et à mesure mes placards de la salle de bain : tout est vegan et cruelty free (=sans cruauté animale) !

Peux tu nous parler de ton voyage : combien de temps pars-tu ? Vers où ?

C’est un voyage en duo qui nous attend. En couple. C’est encore différent d’un voyage seule, d’un voyage entre amis…je crois qu’on joue clairement notre relation à venir aussi. Mais je ne m’en fais pas ! Actuellement, nous sommes sûrs du parcours suivant :

Barcelone (où l’on passe un week-end avec nos deux familles au complet pour commencer le voyage avec eux !)

Buenos Aires

– La Bolivie : direction la jungle pour une mission de bénévolat dans un refuge qui aide les animaux sauvages, en voie d’extinction ou tout simplement malmenés par l’activité humaine.


– Le Costa Rica : ferme vegan ! Comme quoi… tout est possible ! C’est également un refuge pour animaux malmenés : chiens, chats, chèvres, cochons, vaches…tout individu est le bienvenu ! Nous aurons aussi des missions de jardinage en permaculture.


– La Californie, où nous serons volontaires dans un ranch vegan aussi.


– Les grands parcs nationaux en Van + San Francisco 


Hawaï > ASIE ! Concernant l’Asie il est encore bien trop tôt pour savoir où et quand nous y serons. En Asie, il y a de grandes chances pour que nous nous rendions utiles auprès des animaux humais cette fois-ci. Beaucoup de misère sociale, on ne peut pas rester insensibles bien que le traitement des animaux y soit aussi considérablement problématique.


Nous revenons en 2019… à la fin de l’été certainement !

Est ce que ton mode de vie a été un frein dans l’élaboration de ton projet ?

NON ! Être vegan n’est pas un problème en soi. Même pas en Argentine où le sport national est le barbecue… en fait, tout le monde mange des légumes. Je sais déjà que je vais être moins bien alimentée qu’en France car lorsque nous serons hébergés chez un habitant (2eme sport national de l’Amérique latine : l’accueil chaleureux de parfaits inconnus!), je m’adapterai et surtout échangerai avec chaque personne curieuse. Du pourquoi je souhaite épargner des vies. Ça ne m’inquiète pas du tout, ça. J’ai déjà une tonne d’expressions type en tête pour expliquer ce que “je peux” ou non manger, je suis à peu près sûre que je m’en sortirai. Mes craintes sont ailleurs et très nombreuses d’ailleurs ! Toutefois à propos du veganisme, avec un peu d’organisation notamment à propos du conditionnement des vitamines qu’on embarque dans nos sacs, je dirai que je suis même impatiente de pouvoir sensibiliser à mon échelle.

Y a-t-il des aspects que tu vas anticiper avant de partir ?

Les vitamines ! La B12 entre autres. Je m’oriente sur le complément bi-mensuel pour éviter l’encombrement… et la carence ! (Pour en savoir plus sur les carences en vitamines, consultez mon ebook pour une transition végétale sans carence). Aussi, certaines expressions. Des voyageurs m’ont parfois dit avoir été obligés de mentir en parlant d’allergies et non de mode de vie puisque dans certains endroits du monde, il semble impossible de faire comprendre ce qu’est être végétalien. À part ça, j’irai faire un bilan complet avant le départ pour être d’autant plus sûrs que tout est OK mais ça fait partie des étapes de tout voyageur, me faire vacciner (malgré moi… mais les risques au contact des animaux sauvages sont très élevés) et hop !

Je mentirai si je disais que ça s’arrête là : on anticipe aussi énormément la trousse de toilette. Elle doit être vegan et aussi zéro déchet ! On part essayer de se rendre utiles. Autant éviter de salir encore plus… du coup, on part avec une trousse de toilette ultra légère !

Dans tes voyages précédents et au cours de celui ci, quels sont/seront les aspects les plus compliqués d’un point de vue alimentaire?  

L’étape toujours compliquée en voyage pour moi jusque là : le resto. Autant on a de super surprises en mangeant un houmous dingue, des crudités, des spécialités locales, autant parfois je me demande si les serveurs font exprès de proposer œufs où poissons quand on demande si la carte prévoit quelque chose de végétal.

Ici, en France, j’ai appris à oser dénoncer et refuser un plat lorsqu’on me met des morceaux d’animaux alors que j’ai été claire à la commande. C’est agréable pour personne mais c’est ma position.

À l’étranger… avec un peu de dialogueet de volonté : on devrait y arriver aussi !

Mes expériences de voyages en Europe ont à chaque fois été avec un Van T3 qu’on a retapé. Donc on a un frigo, des placards, des plaques de cuissons qui nous permettent de manger comme on veut ! Mais les restos, c’est toujours un temps qui me stresse car j’ai peur d’être mal considérée, d’être LA pénible…sauf que j’ai des valeurs, et une carte bleue comme tout autre client qui souhaite régler un bon repas. Alors j’essaie de relativiser. Et bien sûr d’éviter les restaurants spécialistes de la viande ! 

Quels conseils donnerais-tu à de futurs voyageurs qui s’inquiètent de ne pas pouvoir tout concilier ?

Quand bien même je suis en mesure de conseiller : je dirai OSEZ. Ça dérange ? C’est pas grave.

Qui se soucie de ce qui nous dérange, nous ? Jusque là, pas grand monde. Je pense que le mouvement vegan est un mouvement de justice. Tout justicier est dérangeant pour une société. C’est normal. Alors vraiment : osons et continuons car nous sommes des individus qui portons des voix affaiblies, malmenées, chosifiées.

Je crois aussi que une seule personne peut en aider pleins d’autres à se questionner. Je suis de ceux qui veulent que le monde change et qui se sentent démunis, en colère, persécutés et impatients. Mais en fait… je ne peux pas changer le monde. Mais nous tous, oui. Pour les animaux, pour la planète, pour les humains. Alors vraiment : GO VEGAN, PRENDS TON SAC À DOS ET TA B12 et plus rien ne t’arrêtera ! “

(Je remercie Audrey pour le temps qu’elle a pris pour répondre àmes questions)


Claire aussi est une grande voyageuse. Aujourd’hui a la tête de sa propre agence de voyage, elle a auparavant visité bon nombres de pays dont la Mongolie, à l’origine d’une prise de conscience pour elle : « A Oulan-Bator, la capitale, il était possible de manger végétarien. Il y a de grosses influences coréennes. De nombreux restaurants proposent des plats végétariens. Le plus compliqué a été quand je suis partie dans le désert de Gobi. Je suis partie faire un volontariat de 2 semaines chez un Nomade, pour l’aider dans ses tâches quotidiennes avec son troupeau de 300 chèvres. La viande encore saignantes échait sur le toit de la yourte, dans la yourte, les odeurs de viandes cuites des bassines vous coupent l’appétit. C’était vraiment très difficile: cet homme donnait tout ce qu’il avait. Sa yourte, ses vivres…je ne pouvais pas faire la difficile. Alors je prenais sur moi et j’avalais tout rond les morceaux de chèvre bouillie. Comme une enfant, je ne terminais jamais mon bol, et je laissais toujours du riz pour montrer que je n’avais plus faim. En réalité je crevais de faim ! J’avais des barres de céréales dans mon sac, mais je les gardais pour les marches avec le troupeau. J’étais à 3000m d’altitude et les forces nécessaire sont décuplées. Au bout des 2 semaines, je n’en pouvais plus de cette viande. Je ne mangeais plus, je n’avais plus faim. J’étais ultra faible.Le nomade m’a finalement fait un bol de riz avec du sucre et des raisins secs. Des aliments extrêmement chers ! J’ai vraiment été très reconnaissante ! Après ce voyage en Mongolie, j’ai clairement changé ma façon de penser et j’ai inconsciemment commencé ma transition vers le végétarisme 

salmon voyage

Comme quoi, le régime alimentaire n’est pas nécessairement un frein au voyage. Ils peuvent même en naitre ! Claire nous explique même que la plupart des pays qu’elle a visité sont bien plus ouverts que la France. Par sécurité, elle part avec des plats lyophilisés végétariens, comme ça, elle a toujours une solution et surtout, ça évite de surcharger un sac à dos déjà bien plein !

Alors, convaincus de partir ? J’espère que Audrey et Claire auront répondu à quelques unes de vos questions et vous auront convaincus de partir vivre vos aventures sans être freinés par vos choix personnels. 

Bon voyage ! 

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